Pierre-Georges LATECOERE
Je suis né le 25 août 1883 à Bagnères-de-Bigorre.
Je suis le fils de Gabriel Latécoère, propriétaire de deux petites centrales électriques et d’une scierie.
On me dit élève brillant. J'obtiens mon bac à 17 ans et je possède de grandes facilités pour les langues étrangères.
Elève au lycée Saint-Louis à Paris, je suis reçu à l’École des Arts et Manufactures puis j'entre à l’École Centrale à 20 ans en 1903. J'obtiens mon diplôme en 1906.
Lors du décès de mon père, j'aide ma mère à la gestion de l’entreprise.
A la sortie de Centrale, j'insuffle une nouvelle politique à l’entreprise familiale. « Maison G.Latécoère » se diversifie dans la fabrication de céramiques et de matériels roulants pour les tramways notamment pour les chemins de fer coloniaux.
En 1911, je décroche une commande de 150 wagons/an.
La première guerre mondiale arrive et je suis réquisitionné pour servir dans l’armée. Bien que souffrant de myopie, je sers comme auxiliaire dans l’artillerie avant d’être réformé : "mon général me considérait plus apte à servir mon pays dans l’industrie plutôt que derrière un canon".
De retour dans l'entreprise, je me lance dans la fabrication d’obus puis me tourne vers l’aéronautique, ma nouvelle passion. Deux nouvelles usines sont construites avec chacune leur activité propre. A la cadence de 6 appareils par jour, l' usine fournira près de 800 avions à l’Armée française jusqu’à l’armistice de novembre 1918.
Je suis le premier entrepreneur à avoir fait de Toulouse un site aéronautique.
Dès 1918, je pense à établir une liaison aérienne entre Toulouse et l’Amérique du sud en passant par l’Afrique. Les acteurs politico-économiques sont alors réticents à ce projet considéré comme dangereux : L’aviation vient tout juste de prendre son envol.
Pour prouver la pertinence du projet, je m’envole le 25 décembre 1918 avec mon compagnon René Cornemont de Toulouse et nous relions Barcelone en passant par Perpignan.
L’année suivante, je rejoindrai Rabat (Maroc) depuis Toulouse et me fait accueillir par le Résident général le Maréchal Lyautey à qui je remets le journal Le Temps paru le matin même en France. Je repars 5 jours après avec le courrier de la Résidence que je transmets au Quai d’Orsay à Paris. En septembre 1919, je fonde les Lignes Aériennes Latécoère entre Toulouse et Casablanca, c’est la naissance de l’aéropostale.
Le succès est au rendez-vous et la société devient la première compagnie de transport aérien française. Pourtant, les obstacles au projet sont nombreux : l’Espagne craint pour sa souveraineté aérienne. Les avions ne sont pas construits pour effectuer de longs trajets et souffrent d’un faible rayon d’action, obligeant la compagnie à multiplier les escales, qu’il faut sécuriser. Le moindre atterrissage forcé dans le désert en Afrique du Nord a pour conséquence la capture des équipages par les tribus maures alors en rébellion. Ils ne les rendent que contre de fortes rançons.
Le Latécoère 26 ou Laté 26 est utilisé sur la ligne Aéropostale à partir de 1927. Avion simple et robuste, à aile parasol, le Laté 26 aura comme principale tâche le transport du courrier et accessoirement celui de passagers un peu casse-cou ! Il sera utilisé activement par l’Aéropostale sur les tronçons africains et américains de la ligne. En fin de carrière il sera relégué à la recherche et au dépannage d’équipages en difficulté.
La société devenue entre-temps la Compagnie générale aéropostale n’est pas rentable et vit grâce aux subventions de l’État.
Pour soutenir financièrement le projet, je vends la partie ferroviaire ainsi qu’une partie des établissements de Montaudran à la Société Lorraine-Dietrich.
L’aventure se poursuit et les pilotes de la société tels que Jean Mermoz ou Antoine de Saint-Exupéry réalisent des exploits ( Courrier Sud (1929) ou encore Vols de nuit (1931).
C’est ainsi que Jean Mermoz effectue la première liaison postale aérienne à travers l’atlantique sud en 1930.
En 1936, je m’oppose à deux tentatives de nationalisation. : je souhaite rester un constructeur indépendant et refuse les propositions de l’État français de prendre la direction de la société nationalisée.
En 1939, malgré ma maladie qui me fait souffrir, je continue de voyager, passionné par les projets aériens.
Alors que la 2e guerre mondiale est déclarée, je vends mes usines à mon concurrent Breguet et je ne garde que le projet de transatlantique lourd. Lors de l’invasion allemande, mes usines sont occupées et mes avions saisis. Deux prototypes d’hydravions ont été conçus juste avant la guerre. L’un sera saisi par les allemands tandis que l’autre sera soigneusement camouflé et ressortira à la Libération. Surnommé Latécoère 631, il est l’hydravion transatlantique le plus gros au monde à faire une activité commerciale.
Mais mon état de santé s’aggrave brutalement début août 1943 alors que je me trouve dans mes bureaux avenue Marceau à Paris. Transporté à l’hôpital, j'y décède deux jours plus tard le 10 août 1943.
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